Confinement : texte de Brigitte Colin

Les choses qui…

Des choses qui  font  le printemps, les  jonquilles, les tulipes et  le lilas au parfum suave. A cela s’ajoutent les petites choses qui changent tout, le chant des oiseaux le matin, le jour qui vient plus tôt, le soir qui vient plus tard, et l’impression de sortir enfin d’une longue nuit.

A l’inverse des choses qui font l’hiver, un air plus froid et plus sec, les feuilles qui tombent, la brume au petit matin et une envie d’hiverner.   

Des choses qui font peur comme le silence des personnes que l’on aime, une absence de message, surtout en cette période.

A l’inverse des choses qui  rassurent comme entendre la voix de Pierre, mon fils, au téléphone. 

Des choses qui font sourire comme  les questions de Gabriel, quatre ans. 

Des choses qui émeuvent comme le rire de Gabriel, de Jeanne ou  d’Adrien, le rire d’un bébé, comme une cascade de perles, frais, spontané, gratuit, mystérieux, naturel et sans moquerie provoque  une émotion intense.

Aujourd’hui, ces choses là me manquent. Whatsapp n’arrive pas à combler ce manque.  

Des choses qui apaisent, comme les chapelles silencieuses. Les petites flammes des bougies allumées montent vers le ciel et relient ceux qui sont là, avec l’infiniment plus grand,  l’invisible.

Des choses qui  réveillent comme ce rayon de soleil vers sept heures du matin à travers les volets de la chambre, offrant un agréable réveil, une impression de premier matin du monde.

A l’inverse, des choses qui stimulent comme l’air vivifiant d’un matin d’hiver.

Des choses qui agacent comme le bruit que font les voisins.

A l’inverse, des choses qui amusent comme les vieux films avec Bourvil ou De Funes. En ce moment, les chaînes de télévision les rediffusent tous les jours. 

Des choses pas jolies jolies, comme les petits mensonges, les petites trahisons, les petites lâchetés quotidiennes, les regards qui se détournent

Des choses indispensables et si diverses que l’amour, le pain, l’amitié, les fleurs,  le soleil et la pluie, le verre de vin ou de bière avec le bon repas, le travail, et pour apprécier toutes ces choses, la santé.  

Des choses à découvrir ou à redécouvrir, le musée des Beaux Arts de Lille lors d’un atelier d’écriture.

Des choses à dire avant qu’il ne soit trop tard. Mais trop tard, c’est quand? Quand on est mort ou quand on n’ose pas dire les chose au moment ou il faudrait les dire ?

Des choses que l’on dit et que l’on ne pense pas. Des choses qu’on pense et qu’on ne dit pas.

Des choses rêvées, imaginées, désirées, des choses qui viennent du plus profond de nous et que l’on ne dit pas. Peut-être qu’on peut les écrire !   

Des choses à faire, celles obligatoires du quotidien, du travail et puis celles que les gens sérieux déconseillent comme, rêver, s’ennuyer,  prendre son temps. C’est une période idéale pour cela.

Des choses à ne surtout  pas faire, écouter les conseils des gens trop sérieux.

Des choses à manger, un poulet avec des frites, une carbonnade, une banane ou une poire juteuse, des gâteaux,  du pain, des haricots, des gaufres, de la brioche, de la glace, des bonbons, du lapin aux pruneaux, un cassoulet. Ne pas oublier de savourer avec gourmandise. 

Des choses à manger qui me font souvenir d’autres moments où j’ai dégusté la même chose. C’était quand déjà ? Avec qui ? Où ?

Des choses dont j’ai besoin ou dont j’ai envie?   Distinguer le besoin de l’envie pour ne pas aller vers les choses superflues.

Des choses superflues. Mais c’est quoi le superflu? Est ce que c’est la même chose pour l’autre que pour moi? 

Des choses….

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