Confinement : texte de Brigitte Colin

Une lettre de Brigitte Colin

Mercredi 15 Avril 2020,
Jour 30 du confinement,

Chère Annie,

Cela fait quatre semaines que l’on ne s’est pas vues « en vrai ». Cela ne nous était jamais arrivé. J’en ai assez de discuter par écran interposé. Le stylo et le papier me faisaient de l’œil, alors j’ai cédé, je t’écris et c’est assez inhabituel !

J’espère que tu te portes bien! Pas de vacances, cette année. A cause d’un méchant microbe invisible, dixit Gabriel, quatre ans et demi et il a chuchoté : « Faut pas sortir, Mamie ».

Hier, recherchant une occupation, j’ai grimpé les deux escaliers de la maison, poussé une porte. Je suis arrivée dans une pièce sombre, chaude, et poussiéreuse. Le grenier. Des cartons s’y empilent, renfermant les jouets, les poupées, les cahiers d’enfants, les dessins, les coloriages. Je t’imagine sourire en lisant ces mots. Tu dois te dire que je vais enfin ranger. Eh bien non, je ne range pas, je ne trie pas. En ouvrant les cartons, j’ai libéré les souvenirs enfouis. J’ai retrouvé les instants heureux du temps d’avant en feuilletant des cahiers jaunis, en admirant les œuvres picturales des enfants, en caressant des doudou. J’ai libéré Caroline, la jolie poupée de son carton. Elle a trente ans. Et pas une seule ride. Contrairement à moi, le temps n’a pas eu d’emprise sur elle. Je la donnerai à Jeanne la prochaine fois que je la verrai. La grosse peluche, ce sera pour Adrien.

J’allais sortir du grenier quand j’ai aperçu sur l’étagère une petite boite en métal. « Galette du Mont Saint- Michel ». Te souviens tu de ce week-end là bas ? Il faisait beau. Nous avons mangé des huîtres à Cancale et bu un peu de vin blanc. La vie était belle. Nous sommes rentrées. J’ai mangé les galettes et j’ai gardé la boîte vide. Curieuse, je l’ai ouverte. A l’intérieur des petits sachets des graines que Pierre préparait : graines de tomates, de fleurs. Au delà des graines, c’est la passion que mon petit garçon avait pour la nature qu’elle renferme.

Aussitôt descendue du grenier, j’ai filé dans la serre au fond du jardin, j’ai récupéré quelques petits pots, du terreau et j’ai semé les graines. Tout en manipulant la terre, je m’imaginais dans un futur pas si lointain, en août, récoltant des tomates grosses, rouges et juteuses, cueillant des fleurs de toutes les couleurs.

Comme tu le vois mes journées sont bien remplies. Explorer le grenier, faire des alle-retours entre passé et futur, réveiller ma mémoire endormie. C’est beaucoup d’émotions ! Je ne suis pas sortie indemne de ces aventures. Je suis nostalgique et un peu fatiguée. La chaise longue me tend les bras. Je vais me reposer et profiter un instant du temps présent. Je te conseille d’en faire autant. Il nous reste encore (ou plus que ) vingt-cinq jours.

Dans une prochaine lettre, je te raconterai mes excursions à la cave, dans mes placards de cuisine ou dans ma bibliothèque. Ces endroits nous disent tant de choses de nous…

En attendant, prends soin de toi.

Gros bisous

Ta grande sœur.

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