Confinement : texte de Denis Barbe

Bonjour Hélène.

En ces temps de redécouverte des vertus du jardinage, tu m’interrogeas tantôt quant aux remèdes aux fréquentations incongrues de la gent gastéropode, notamment les limaces.
Souffre que je partage avec ta personne mon expérience en la matière.
Un jour que je fus exaspéré par une nouvelle agression contre mes pauvres petites cucurbitacées, je pris l’escargot par les cornes et fonçai vers mon réfrigérateur. Là, auréolée d’une légère rosée, trônait une cannette de bière oubliée. Il me faut avouer qu’elle était à l’abandon du fait qu’il s’agissait d’un breuvage sans alcool.
Mon sang ne fit qu’un tour. Je m’emparai d’un coup dudit objet et me précipitai en mon jardinet. Je versai le liquide dans une coupelle que je pris soin d’éloigner du potager.
En effet, la bière a cette étrange caractéristique d’attirer les limaces (du genre helix helix) et je me faisais fort de les y piéger en grand nombre.
Puis, la nature étant ce qu’elle est, je cédai à la nonchalance, mon penchant et péché mignon, et oubliai tout.
Le lendemain, dès potron-minet, et Morphée faisant bien les choses, je me remémorai mon acte de haute vénerie et me rendis le coeur fou d’espoir vers le fond du jardin.
Las, mon piège avait trop bien fonctionné. Je fus saisi d’une vision d’horreur. On eût dit que toutes les limaces que la Terre eût portées depuis que Noé en avait bêtement fait monter un couple dans son Arche, toutes les limaces s’étaient réunies en congrès, que dis-je en congrès, en partouze ouiche ! Qui à proximité de la coupelle, qui à cheval sur le rebord, qui en dos crawlé en plein dedans le liquide.
Trompeur trompé par sa propre ruse, je fus astreint à exécuter, le mot est idoine, des familles entières, des tribus, un peuple rampant gorgé de bière et d’un suc infâme qui jaillissait de leurs entrailles impitoyablement écrasées par ma botte, telle l’épée du Jugement dernier.
On eût pu croire que j’étais délivré.
Que nenni !
Un coup d’oeil au potager, sagement disposé à l’autre extrémité du jardin, me fit comprendre mon échec cuisant.
Comme si les limaces s’étaient passées le mot, qu’après l’apéritif open bar, le buffet froid était à volonté!
Je repris donc mon oeuvre d’anéantissement et me jurai de ne plus jamais utiliser ce sinistre piège.
D’aucuns prétendront que je n’avais qu’à offrir une bière alcoolisée qui eût fait perdre la tête au petit peuple vorace.
Voire! D’une part je n’en aurais pas fermé l’oeil, à la pensée de ne pas avoir moi-même rafraîchi mon gosier du doux élixir, d’autre part rien ne permet d’espérer que l’alcool n’eût pas déchaîné les bestioles.

Reste à explorer la piste du sable ou de la cendre dont il faut entourer les plantations. Efficace mais vite anéanti par les intempéries.
Il y a encore les produits toxiques, qui se sont avérés efficaces mais il convient alors de ne mettre que des pastilles dont la notice stipule bien qu’elles sont inoffensives pour nos animaux à quatre pattes. Je connais un chat qui mourut dans d’atroces souffrances d’avoir ingéré des limaces empoisonnées.
J’espère que toutes ces informations te seront utiles, et que, jardinière émérite que tu es, tu tireras la récolte qui te siéra le mieux.

P.S. : j’ai écrit à Monsieur Darmanin pour demander que le confinement soit étendu aux limaces.

Bien à toi,
Denis BARBE

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