Confinement : texte de Fifi Dep

A partir du livre L’herbe des nuits de Patrick Modiano, page 130 ligne 15

« Cette lumière est la même que celle de l’avenue Félix Faure où elle m’avait entraîné un soir, la même que celle de la maison de campagne La Barberie à Feuilleuse… »

Pourquoi à ce moment-là je pensais à une autre lumière bien loin de ce Paris trop gris en ce lendemain de Pâques, c’était celle des éclats de soleil à travers les flamboyants, des nuages couleur sang suspendus à hauteur de sens, et puis il y avait en même temps l’odeur particulière de la terre, ce mélange de pluie tombée entachée des relents de restes d’aliments. Nous étions lundi, jour de marché à Dakar. Tout appelait à la couleur, le sourire des femmes qui interpellaient les vendeurs, les tissus déployés, faussement froissés, ce jaune mousseux, ces bleus cathédrale mais aussi ce vert de pré normand tranchant avec le blanc douteux des chemises des hommes. Il y avait là tout ce dont on a besoin pour vivre, les gamelles de mauvais acier qui côtoyaient de magnifiques jarres, les poulets suspendus par une patte à un crochet de fortune, les légumes et les poissons, les sacs de riz, les produits venus d’Europe ou d’Asie aussi, parfois neufs souvent d’occasion. Tout cela dans un désordre savamment orchestré. Et toujours ce flamboyant qui se montrait par intermittence, tellement resplendissant qu’il me faisait cligner des yeux. A les fermer même.

J’ai laissé derrière moi la couleur de l’Afrique et je me suis retrouvé Boulevard Quinet, j’entendais grossir le bruit du camion poubelle, devant moi les ordures s’entassaient autour d’un container, le pavé luisait, ici aussi il avait plu, la bouche de métro était toute proche, je m’y engouffrai. C’est là que tout a recommencé…

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